ArcGIS Utility Network : évaluation de la faisabilité de la version 7

Rédigé par Maja D'Haen | 23-avr.-2026 6:23:30

Auteur : Katrien Verbeek

L'ArcGIS Utility Network (UN) est-il un standard adapté à la gestion moderne des réseaux ? Dans ce blog, nous examinons si le Utility Network peut répondre à la complexité actuelle du paysage énergétique.

Pour qui l'ArcGIS Utility Network est-il approprié ?

Le UN est considéré comme le standard moderne pour la gestion des réseaux de services publics. La gestion d'un réseau électrique, gazier, télécom ou d'eau (usée) est complexe et requiert un haut degré de scalabilité, de tracing et de qualité des données. Plus la zone de desserte est grande, ou plus les types de services publics gérés sont nombreux, plus la migration vers le UN devient intéressante.

Architecture : service-based et rule-driven network modeling

Le UN est entièrement service-based au sein d'ArcGIS Enterprise (petite remarque : il est désormais possible, par exemple à des fins de POC ou d'étude, de faire tourner un UN uniquement sur une geodatabase (gdb) en mode offline). Les REST feature services géreront toutes les actions qu'un utilisateur effectue sur le réseau : CRUD, tracing, validation, etc.

Un certain nombre d'exigences architecturales doivent être respectées :

  • Les feature classes doivent être enregistrées dans une enterprise geodatabase et doivent être accessibles via le branch versioning. Cela permet le multi-user editing, où les utilisateurs peuvent automatiquement travailler chacun dans leur propre session. Via le reconcile, le post et la gestion éventuelle des conflits (conflict handling), les modifications apportées sont ensuite intégrées dans la SDE.default.
  • Les features doivent faire partie d'un feature dataset, à savoir un Utility Network dataset. Celui-ci contient, outre les feature classes, toutes les tables système qui construisent et appliquent la logique réseau. Via les properties de la couche UN, il est possible de consulter la plupart de ces propriétés (notamment les utility network rules, les spécifications de domaine, les asset groups & asset types, etc.).
  • Le service UN lui-même doit être publié en tant que branch versioned feature service. Celui-ci expose l'UN via REST à différents clients tels qu'ArcGIS Pro ou des web apps. 



Figure 1 : Composants logiciels d'un Utility Network

Les utility network rules mentionnées ci-dessus définissent, via une whitelisting, quels assets au sein du réseau peuvent être connectés ou associés entre eux. Celles-ci sont définies au niveau des asset groups et asset types. Le paragraphe sur les Associations approfondira ce point.

Il existe également des attribute rules, réparties en trois types :

  • Calculation Rules. Celles-ci sont typiquement utilisées lors de l'édition, par exemple pour générer automatiquement un uuid lors du placement d'une nouvelle feature.
  • Constraint Rules. Ces rules permettent d'éviter la saisie de valeurs (ou combinaisons de valeurs) incorrectes. Par exemple, un certain type de câble a toujours une occurrence en surface.
  • Validation Rules. Celles-ci sont appliquées à un stade ultérieur du processus afin de ne pas gêner l'utilisateur lors de la saisie. L'exécution des rules implique en effet un certain impact sur les performances. Elles peuvent par exemple être utilisées pour vérifier l'absence d'erreurs de dessin, comme un luminaire trop éloigné d'un poteau.

Le modèle de données

Domain et structure réseau
Un utility network contient toujours un ou plusieurs domain networks, généralement un par discipline. Ceux-ci comprennent les assets qui transportent effectivement la discipline ou sur lesquels celle-ci est manipulée, comme un câble électrique, un luminaire ou un robinet de gaz. Ces éléments sont souvent accrochés à ou contenus dans un support physique. C'est le structure network de poteaux, de gaines et de bâtiments.

Lorsqu'une organisation gère plusieurs disciplines, la question doit être posée de créer un structure network par domain network, ou de regrouper tous les structure assets dans un seul structure network commun à tous les domaines. Cette dernière option correspond généralement mieux à la pratique et est aussi techniquement la plus allégée, car elle évite de créer des données redondantes. Cependant, elle pose de (petits) défis en matière de visualisation cartographique, car la demande est généralement de pouvoir visualiser par utility, idéalement avec la possibilité de basculer au sein de la même carte. L'objectif est alors de ne pas afficher les structure assets dans lesquels ou auxquels aucun asset de le utility concernée ne se trouve. La flexibilité et l'extensibilité du utility datamodel révèlent ici l'une de ses forces.

Figure 2 : Base du modèle de données Utility Network

Associations

Outre la connectivité géométrique physique, il est également possible de construire une connectivité via des associations. Plusieurs types peuvent être distingués :

  • Connectivity association : ici, le utility circule entre les 2 features associées. Une connectivity association est en réalité interchangeable avec une line feature, mais c'est un choix de ne pas le faire. Quelques conseils sur les cas où l'on préférerait une association à une ligne physique :
    • Il s'agit d'une longueur limitée, comme par exemple le câble de raccordement d'un luminaire au point de dérivation sur le câble d'alimentation.
    • Il s'agit du monde interne d'une cabine par exemple. Via l'associations view, il est alors facile de choisir d'afficher ou non les associations dans certains cas, afin de débarrasser la map view du clutter.
  • Structural attachment association : celles-ci forment la transition du utility domain network vers le structure network. En pratique, il s'agit généralement de structure junctions (poteaux) auxquels sont accrochés un ou plusieurs assets.
  • Containment association : celles-ci permettent de définir quels assets appartiennent à un autre asset, ce qui en fait à mon sens un type d'association très puissant. En effet, les nested containment associations font également partie des possibilités. Les containment associations peuvent exister au sein du même domain network ou entre le domain network et le structure network. Un bon exemple pratique (fortement simplifié) est celui d'un poste de distribution électrique. Le poste existe en tant qu'ElectricAssembly et en tant que StructureBoundary, l'assembly étant contenue dans la structure. L'ElectricAssembly du poste contient à son tour tous les éléments électriques. Au premier niveau peuvent se trouver les tableaux de distribution, également en tant qu'assembly, avec un niveau en dessous les fusibles en tant qu'ElectricDevices.

Les attachment et containment associations sont également consultables de manière intuitive, ce qui constitue aussi un grand atout. L'attribute pane lors d'une sélection montre quelles features sont contenues dans la feature sélectionnée, et à quelle containment cette feature sélectionnée appartient à son tour.



Figure 3 : Exemple d'associations visibles via l'associations view & l'attributes pane

Une autre condition importante pour pouvoir établir des associations entre deux features dans le réseau est que l'association entre ces deux asset types soit autorisée via les Utility Network Rules.

Figure 4 : Relations de containment via le Network Properties pane de la couche Utility Network

Cela implique également que, pour modifier ces association rules (principalement les supprimer), il faut vérifier si celles-ci étaient déjà utilisées ou non dans le réseau, ce qui est logique. Mais un piège (ou plutôt un bug) ici est que si l'on utilise des preset templates dans lesquels l'association à supprimer est intégrée, celle-ci devient corrompue. Dans ArcGIS Pro 3.5.6 avec UN v.7, il n'est pas possible de consulter ou de modifier (via l'interface client) les associations dans les templates. L'espoir est que cela sera encore résolu.

Topologie

Lorsque des actions CRUD sont effectuées sur le réseau, cela a une influence sur la connectivité et la topologie. Celles-ci donnent lieu à l'introduction de dirty areas. Celles-ci peuvent grosso modo être divisées en dirty area ordinaire ou en erreur. Dirty signifie alors que le réseau a été touché à cet endroit et doit simplement être revalidé, tandis qu'une error area signifie que des erreurs ont effectivement été commises contre les network rules ou les attribute rules, et que celles-ci doivent être résolues avant que le réseau puisse être revalidé.

Conclusion

Le Utility Network a, au fil des années, évolué en un système GIS à part entière pour gérer les assets faisant partie d'un réseau de services publics. Il reste bien sûr encore des améliorations possibles, mais la technologie est, avec la v.7, suffisamment mature pour être implémentée. La version 7 est compatible avec ArcGIS Pro à partir de la version 3.3 et avec ArcGIS Enterprise à partir de la version 11.3. Ce blog a toutefois été rédigé à partir de l'expérience avec ArcGIS Pro 3.5 et Enterprise 11.5.